En France, l’élevage familial est le modèle prédominant en production porcine. Dans les années 80 le modèle type était le système 56 truies naisseur-engraisseur, qui a évolué par la suite à 112 truies naisseur-engraisseur. De nos jours en France, l’élevage moyen naisseur-engraisseur compte environ 230 truies, ce qui reste cela dit petit comparé à de nombreux pays où les exploitations sont bien plus grandes (> 1000 truies), souvent spécialisées et intégrées.
Aujourd’hui du fait d’exploitations porcines de plus grande taille, de nombreux éleveurs emploient un ou plusieurs salariés. D’après l’Agreste, en 2018 en France il y avait 12 700 personnes à travailler en élevage de porc, dont 5990 salariés. Les salariés en élevage représentent donc quasiment la moitié de la main-d’œuvre en production porcine au niveau national.
La main d’œuvre est donc un facteur clé de la réussite et surtout de la pérennité de nos élevages mais malheureusement les élevages peinent à recruter
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Il y a environ 500 offres d’emploi en production porcine qui paraissent chaque année en Bretagne. D’après l’ANEFA Bretagne le délai moyen serait de plus de 3 mois pour pourvoir une offre. Cela entraine évidemment des difficultés au quotidien dans de nombreux élevages en sous effectifs, tant sur la qualité du travail, que sur le moral des salariés et des éleveurs surchargés de travail.
Ces problèmes sont encore bien plus présents dans des régions autres que la Bretagne, où la densité porcine est plus faible, et les candidats encore moins nombreux.
Quelles peuvent bien en être les raisons ? Manque d’attractivité (pénibilité, astreintes…) ? Fracture générationnelle due à une méconnaissance du métier ? Changement des attentes de la société* ?
* L’industrie porcine n’est pas la seule à être confrontée à ce défi de main d’œuvre, l’agriculture (247 000 recrutements sont prévus dans la filière agricole française en 2023), mais aussi de nombreux autres secteurs (restauration, bâtiment …) rencontre ces mêmes problèmes de recrutement. D’après une étude IFOP parue cette année, le travail occuperait une place moins centrale dans la vie des Français, ceux qui le peuvent préféreraient gagner moins mains avoir un peu plus de temps libre.
Pistes de réflexion
Le défi majeur à relever est bien celui de la gestion de la main d’œuvre en élevage. Nous n’avons pas la prétention d’avoir toutes les solutions, mais ces quelques pistes peuvent permettre une réflexion :
- Simplification du travail en élevage : équipements ou technologies faciles d’utilisation et utilisables par tous. Combien de fois avons-nous vu des équipements High-Tech trop compliqués à utiliser par les éleveurs ou leurs salariés. Quoi de plus énervant quand votre système de distribution automatique d’aliment tombe en panne et que vous n’arrivez pas à obtenir la pièce manquante ou une intervention du SAV dans des délais rapide.
Néanmoins certaines technologies sont bien pratiques et facilitent grandement le travail au quotidien (robot de lavage, parc de tri…)
- Animaux faciles à gérer
Est-ce motivant pour un salarié de devoir retirer chaque jour des cochons morts dans des cases ? Est-ce motivant pour un salarié de devoir traiter sans arrêt des cochons atteints de caudophagie, de morsures d’oreilles ou de flancs ? Est-ce motivant pour un salarié de devoir constamment isoler des truies en infirmerie suites à des problèmes locomoteurs ou d’aplombs ? Est-ce motivant pour un salarié de devoir refaire continuellement des portées adoptives de porcelets alors que leurs mères devraient pouvoir les élever elles-mêmes ? La réponse est bien évidemment non. Cela n’est motivant pour personne d’aller au travail en étant confronté quotidiennement à ces problèmes.
La génétique est la principale cause de ces problèmes. Chez Genesus nous avons des cochons robustes, rustiques et faciles à gérer. Cela fait une réelle différence, et rend les tâches plus faciles.
- Enfin, on parle de développement durable et de bien-être animal. Les règles concernant le bien-être animal existent déjà et continuent de se développer de plus en plus en France et en Europe. Le but n’est pas d’émettre un avis sur le sujet, mais plus d’écouter l’avis de ceux qui y sont confrontés au quotidien, tels que les éleveurs et leurs salariés.
Quelques phrases entendues de ci de là :
« Le nouveau protocole de castration bien-être est fastidieux et contraignant…on y passe encore plus de temps qu’avant »
« Si à l’avenir nous nous voyons imposer de distribuer de la paille aux animaux comme c’est déjà le cas dans d’autres pays voisins, cela ne va pas faciliter notre travail (paille pouvant complexifier l’écoulement du lisier dans les fosses) »
« Le bien-être animal c’est bien, mais qui pense au bien-être des éleveurs ? »
Il paraît évident qu’il ne peut pas y avoir de développement durable si ces nouvelles normes (charges) ne permettent pas d’améliorer la rentabilité des élevages tout en créant davantage de charge de travail et en rebutant de potentiels candidats.
Source : Marché du Porc Breton, Travailler en élevage porcin : facteurs d’attractivité et contraintes C DEPOUDENT, N HOSTIOU, L LE CLERC (JRP 2021), ANEFA